Loisiralp

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Chamans: deuxième semaine

Jour 8: Une route semée d’embûches

Lors de ma dernière correspondance avec Aziz, il me disait que l’équipe avait parcouru 15 km le premier jour et 25 km en date d’hier. Nos explorateurs ont donc encore du chemin pour atteindre leur objectif. Comme vous le savez sûrement, malgré le fait que l’utilisation d’un cheval pour le périple soit un atout de taille, ce n’est jamais sans risque.

Voici pour l’illustration quelques mots reçus de notre cher Aziz :

« Nous avons traversé une forêt, c’était très technique et très formateur. Après une pause d’une demi-heure, nous avons repris notre progression. Un des chevaux s’est échappé au galop. Soumès, une des propriétaires est partie au galop le récupérer. Après cette échappée belle, nous sommes repartis. Peu après, au moment où Alexandre D. décide de partir au trot, son cheval a trébuché et Alex est tombé violemment par l’avant. Heureusement, il a eu de bons réflexes lors de sa chute, plus de peur que de mal, malgré quelques douleurs musculaires dorsales au final. Après avoir repris ses esprits et laissé passer sa vague d’émotions, nous repartons en direction de notre futur bivouac. Après avoir parcouru 25 km, nous nous installons au bord du lac Khovsgol. Les selles sont sommaires, les fessiers et genoux endoloris : avec le temps, ça ira mieux. La zone est calme et apaisante. Après l’installation de nos bivouacs respectifs, nous dinons tous autour d’un feu avec nos repas lyophilisés, qui au passage sont très bons. Chacun retrouve sa tente pour un sommeil mérité et réparateur. »

Souhaitons tous un bon rétablissement à Alex et une bonne continuation à nos aventuriers.

Pour les fans de géolocalisation, voici les coordonnées GPS de leur dernier bivouac : 50°41’39.8″N 100°14’20.6″E

Et enfin, loin de l’épisode en forêt, permettez-moi de vous partager en vidéo le début de leur chevauchée avec ce post. N’est-ce pas reposant de n’entendre que le vent ?

Jour 10: Pas de nouvelle, bonnes nouvelles.

Nos aventuriers poursuivent leur route avec ténacité et se retrouve pour la première fois depuis le début du périple dans une zone sans réseau.

Fort heureusement, le suivi peut être fait via les trackers GPS dont ils sont équipés et au besoin, une liaison peut être établie via le téléphone satellite qu’ils détiennent. Je souhaite une nouvelle fois remercier nos partenaires PHOTOSPACE France et ORBITICA car sans ces équipements, le niveau d’inquiétude général serait à mon avis bien plus élevé.

Dans l’attente d’une nouvelle correspondance avec le groupe, voici quelques photos prises avant la « zone blanche » de nos explorateurs ainsi qu’une capture d’écran de leur position (aujourd’hui à 14h00 – Heure locale) afin que vous puissiez suivre leur progression. Comme vous pourrez le constater, ils avancent bien et sont sans nul doute en plein coeur de leur chemin de reconstruction.

Jour 11, Plaisir au sommet.

La liaison est à nouveau pleinement rétablie avec nos aventuriers. Nous ne savons pas si cela durera longtemps, mais par le fait, nous avons pu échanger avec Aziz.

Localisation GPS du jour : 51°07’34.9″N 99°42’39.2″E

Nous évoquions une nouvelle fois le déroulé de la journée de samedi, juste avant de perdre toute connexion. Permettez-moi de remonter le temps et de vous partager ses mots ainsi qu’une vidéo pour les illustrer.

« Aujourd’hui était une belle journée ensoleillée.
Je ne me lasse pas de la beauté du lac dès le réveil en ouvrant la tente. Nous avons pris notre temps avant le départ. Alexandre D. en profite pour interviewer Gwenaël. Pendant ce temps, je passe presque une heure en pleine contemplation face au lac.

Nous partons à 11h, longeant ainsi le lac, chacun est dans sa bulle. À un moment donné, notre guide nous fait passer par la montagne, nous passons approximativement de 1650m du bord du lac à 2000m d’altitude, à cheval dans les bois. C’est impressionnant comme les chevaux sont costauds.

Une fois au sommet, nous redescendons à pied. La vue d’en haut est à couper le souffle. Voir le lac à une telle hauteur est un merveilleux cadeau. Nous continuons ainsi sur 9 km. une fois arrivée à notre bivouac, nous aurons parcouru 24 km.

À notre arrivée, nous avons rencontré un Chaman et son épouse qui passeront tous les deux la soirée autour du feu avec nous.
Entre-temps, Alexandre B. se pose des questions. Il s’interroge sur son état et n’a pas beaucoup d’espoir de s’en sortir, alors tout est compliqué. L’expérience à cheval est donc difficile. C’est à mon avis le début du cheminement. »

Jour 12: Des moments qui réchauffent l’âme et le corps.

Nos azventuriers, toujours en quête de reconstruction, sont au moment où je vous parle au nord du village de Renchinlkhümbe.

Voici la position GPS d’aujourd’hui : 51°14’14.7″N 99°40’38.5″E

Avant la perte totale de réseau internet, survenue entre samedi et lundi, le groupe a traversé des moments émotionnellement intenses. Ce qui souvent fait du bien à l’esprit et donc au corps, mais laissons plutôt Aziz nous raconter cela en détail.

« Il y avait des enfants. Ceux de familles de pêcheurs installés quelques jours au bord du lac et le fils du Chaman. Voir le groupe s’amuser avec les enfants est un spectacle extraordinaire. Ils nous ramènent aux choses simples de la vie et nous connectent à l’instant présent. Ils réveillent l’enfant qu’il y a en chacun de nous.

Ce matin, le chaman nous a fraîchement pêché le poisson pour le petit déjeuner. Il a été cuit au feu de bois, c’était un régal. Je remercie la vie pour ces instants, cette simplicité et ces rencontres : Le bonheur, c’est ça !

Une fois les affaires du groupe rassemblées, chacun s’occupe le temps que le guide et les propriétaires des chevaux préparent les équipements. Alexandre D. en profite pour interviewer Sebastian.

Je m’adosse à un arbre au bord d’une falaise face au lac et je contemple le paysage. Nous partons vers 11h. Nous sommes à mi-chemin du lac côté ouest. Nous prenons quasiment plein ouest à travers la forêt puis à travers les montagnes. Ça monte, ça descend, le chemin est tantôt caillouteux, l’herbe gorgée d’eau. Nous traversons plusieurs rivières. Le temps est ensoleillé. Il fait chaud et froid. La magie de croiser des centaines de papillons, parfois la nature peut être surprenante.

Après une pause déjeuner de 2h, nous continuons notre randonnée. A un endroit, il y a encore de la glace. Entourés de montagnes, nous évoluons sur une altitude moyenne de 1800m. Les sommets varient de 2550m à 3021m au plus haut. Depuis notre départ, nous sommes hors réseau. »

Jour 13: Reconnexion à l’âme.

Voici la position GPS d’aujourd’hui : 51°21’47.1″N 99°34’55.8″E

Pour rappel du post précédent, nos voyageurs n’ont effectivement plus de réseau internet, mais à la lecture de ce qui va suivre, peut-on réellement dire qu’il est indispensable au bien-être ?

« À un moment donné, un arbre incliné à 50°. Le cheval d’Alexandre B. peut passer, mais il a sans nul doute oublié qu’il avait un cavalier. Le résultat ne s’est pas fait attendre, le cheval est passé et Alexandre est resté accroché à l’arbre. La scène fut clownesque et ensemble, nous avons ri. Passé ce moment de franche camaraderie, nous reprenons notre progression jusqu’à notre prochain bivouac.

Peu de temps après notre arrivée, le vent se lève et devient violent. Beaucoup de rafales avant que la pluie ne s’invite. Chacun s’équipe de sa parka haut et bas et attendons que ça passe. Ce qui finit par arriver au bout d’une longue demi-heure.

Une fois le ciel dégagé, chacun installe sa tente et faisons un feu. Cette fois-ci, le feu est plus important que d’habitude, de telle sorte que nous en profitions pour sécher nos affaires.

Avant de dîner, je pars me laver à la rivière située à 200m de notre position. Juste avant de manger, chacun avait besoin de donner des nouvelles aux familles qui s’inquiétaient.

Merci ORBITICA de nous avoir offert ces minutes précieuses, importantes et nécessaires.

Étonnamment, la déconnexion au réseau a fait beaucoup de bien à l’équipe. Le voyage d’aujourd’hui semblait irréel, intemporel. Une sensation d’être au milieu de nulle part. Tout le monde semblait se sentir bien. »

Jour 14: En direction de Renchinlkhümbe.

La coupure réseau n’a pas découragé nos explorateurs qui sont plus déterminés que jamais à rejoindre les Tsataan.

Géolocalisation : 51°27’30.2″N 99°22’03.6″E

« Après notre réveil, nous prenons la route plus tôt que d’habitude, car nous devons rejoindre les abords du village Рэнчинлхүмбэ (Renchinlkhümbe).

Nous commençons par traverser une rivière, le paysage est toujours aussi impressionnant à admirer. Entre steppe et terrains marécageux, plusieurs centaines de taons n’ont pas hésité à me laisser des marques de leurs passages. Au loin, une chaîne de montagnes apporte une touche supplémentaire à un paysage déjà impressionnant.

Nous faisons une pause déjeuner à 14h. Nous en sommes à 18 km de parcouru. À la fin de notre repas, au moment de rassembler nos affaires, le vent s’invite et un peu plus tard la pluie. Nous reprenons notre progression sous la pluie, une première pour nous depuis notre départ.

Notre avancée se fait sur un long dénivelé de 300 m passant ainsi de 1700m à 2000 m dans les bois sur un terrain accidenté.

La pluie nous accompagnera jusqu’à l’arrivée à notre bivouac situé sur le terrain d’une maison sommaire. Nous sommes à 4 km du village.

Nous allons, peut-être, rencontrer un chaman et participer à une cérémonie chamanique. Le chamanisme n’est ni une religion, ni un mode de vie. C’est un ensemble de croyances dictées par une conception holistique et animiste du monde. Présent en Mongolie depuis la nuit des temps, le chamanisme vise à trouver l’équilibre entre l’homme et l’environnement dans lequel il vit.

Le chamanisme est l’une des plus anciennes pratiques spirituelles au monde. Elle ne se base pas sur la foi en un dieu, mais plutôt sur l’animisme, c’est-à-dire, une croyance qui attribue une âme et un esprit à tous les êtres vivants et à tous les éléments qui composent la nature. En ce sens, le chamanisme met en corrélation plusieurs mondes : celui qui est visible et perceptible et ceux que l’on ne voit pas, à savoir le monde des esprits, le monde de purgatoire, le monde des eaux et le monde des gardiens de la nature. »

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